Jeudi 13 mai 2010
Dans le cadre du cinquantenaire de l'indépendance de la RD Congo, le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango vient de déclencher une énième campagne de propreté pour que Kinshasa retrouve sa belle robe d'antan. Pour réussir ce grand défi, car la tâche est immense pour une ville de plus de 7 millions d'habitants, où les habitants n'ont pas intériorisé la culture de la poubelle, Kimbuta s'est encore, une fois de plus reposé sur les bourgmestres, les chefs de quartier et les forces de l'ordre (armée et police) à qui il a remis pour la énième fois, bêches, pelles, râteaux, brouettes, combinaisons et autres bottes. Pour le commun des Kinois, c'est du déjà vu. Puisque l'on n'a procédé à aucune critique-évaluation des travaux analogues entrepris dans la ville par le passé, le risque est grand de voir la nouvelle campagne de salubrité du cinquantenaire se terminer de la même manière que les autres campagnes qui l'ont précédée. C'est-à-dire en eau de boudin.Qui des Kinois ne se souviennent pas de la grande campagne de propreté où les différentes communes de la capitale ou mieux les différents quartiers devaient rivaliser d'ardeur pour arracher le prix mis en compétition par le gouverneur de la ville ? Si nos souvenirs sont bons, c'est la commune de Selembao et particulièrement le quartier Cité Verte qui remporta le prix. Et la compétition entra dans les oubliettes de l'histoire. Les différents communes et quartiers remisèrent leurs brouettes, pelles, bêches pour faire la place belle aux sachets, aux immondices, en un mot à l'insalubrité.
Aujourd'hui, on remet de nouveau ça. Sans s'interroger sur le pourquoi des échecs précédents. Ensuite, qu'a-t-on fait des pelles, bêches et autres brouettes remis aux bourgmestres dans le cadre de la lutte contre l'insalubrité ? Car qu'on le veuille ou non, une brouette, une pelle, ou une bêche en matière comptable a une durée de vie pour son amortissement. Quant le gouverneur Kimbuta distribue des pelles, bêches, brouettes sans se soucier de ceux précédemment distribués, ne fait-il pas là preuve de gaspillage ? En outre, les bourgmestres et les chefs de quartiers comme les éléments des forces de l'ordre, sont-elles les personnes idoines pour mener à bien cette campagne ?
Cette question vaut la peine d'être posée quand on voit l'incurie de nos bourgmestres incapables de prendre des mesures salvatrices pour le bonheur de leurs administrés sans un coup de pouce de l'Hôtel de ville. Dans nos communes, les caniveaux sont pleins à ras bord, les immondices quasi permanentes sans que ces derniers ne lèvent leur petit doigt. La liste est longue. Quant aux forces de l'ordre, l'insalubrité de nos camps militaires et de police ne rassure pas quant à leur capacité de transformer la ville de Kinshasa, en moins d'un trimestre, en ville propre.
Au vu de ce qui précède, le gouverneur Kimbuta Yango doit éviter des opérations coups de poing en matière de salubrité. Ces opérations ont montré leurs limites au vu des résultats engrangés sur le terrain.
Le gouverneur de la ville doit donc changer le fusil d'épaule en initiant des opérations mûrement réfléchies où les quantités de détritus à ramasser doivent être estimées. Avec quels moyens devra-t-on les acheminer, quelle sera la durée de la campagne, pour quel coût estimatif etc. Et nous pensons que le recrutement des personnes expertes en la matière pourrait éviter à la ville bien de deconvenues du genre RetransKin ou Régie immobilière de Kinshasa (Rimokin) qui ont plus servi à caser des copains avec les résultats que tout le monde connaît et déplore.
Pour terminer, l'Union européenne a mis sur pied un service de ramassage d'ordures dans certaines communes de la capitale. Son expertise peut servir de base de départ. Parce que les échecs des opérations bacs à ordure (noir et vert) sont encore frais dans les mémoires de Kinoises et Kinois et laissent craindre le pire. A bon entendeur…
Philippe Mbayi Wete

