Vendredi 14 mai 2010
Le dimanche 9mai dernier, les joueurs de l'équipe de l'AS V.Club de Kinshasa ont passé un véritable calvaire au stade de Abba au Nigéria. Ces jeunes gens qui se sont rendus au Nigéria pour livrer un match de football dans le cadre de la coupe de la confédération africaine et défendre l'honneur de notre pays ont été molestés par les supporters du club adverse le FCEnyimba. Même le chef de la délégation congolaise, le vice-président de la Fédération congolaise de football association (FECOFA), n'a pas échappé au calvaire infligé aux joueurs. Il est revenu au pays avec un œil tuméfié qui va nécessiter des soins appropriés pour qu'il recouvre totalement sa vue. Nous n'allons pas nous attarder sur le comportement barbare des supporters d'Enyimba et des conséquences qu'il a engendrées sur le corps des athlètes et des membres de la délégation.
C'est plutôt la passivité de madame l'ambassadrice de la Rdc au Nigéria qui va constituer l'objet de notre réflexion. Selon le reportage de nos infortunés confrères de Digital Congo qui ont vécu les douloureux événements sur le terrain, la délégation congolaise à Abba n'a bénéficié d'aucune assistance de la part de cette dame qui représente la Rdc au Nigéria. Au contraire, révèlent nos confrères, appelée au secours par les congolais en détresse, cette diplomate aurait déclaré qu'elle avait elle aussi besoin d'être sécurisée. Pour quelle raison ? Elle seule le sait. Et pourtant elle vit à Lagos et ne s'est même pas dérangée de se rendre à Abba pour accompagner la délégation congolaise. Il est évident que si elle était présente au stade, les événements auraient dû se passer autrement. Nous le voyons ici au stade des Martyrs lorsque les équipes étrangères s'y produisent. Très souvent si pas dans tous les cas, les ambassadeurs des pays concernés assistent à ces rencontres.
A propos de ce qui s'est produit le dimanche 9 mai, nous apprenons que les incidents ont commencé la veille, lorsque les joueurs de l'AS V.Club ont été empêchés de prendre connaisance du terrain. A cet instant, il était clair que les supporters d'Enyimba se préparaient à réserver un moment difficile aux congolais le jour du match. C'était le moment indiqué d'alerter les autorités nigériannes et leur demander de prendre leurs responsabilités en main. Malheureusement rien de tel n'a été fait. Ce manque de protestation a sans doute poussé les " hoolygans " nigérians à concrétiser leur plan machiavélique.
Cette attitude de notre ambassadrice au Nigéria relance la problématique de la nomination de nos diplomates dans les misions diplomatiques. Sur base de quels critères les ambassadeurs sont-ils recrutés et affectés ? Il est regrettable de constater que la plupart de nos chefs des missions diplomatiques sont des politiciens qui n'ont pas un passé dans le domaine de la diplomatie. C'est pourquoi, aussitôt installés dans leurs fonctions la plupart d'entre eux n'ont comme principale préoccupation que la vente des passeports et la délivrance à outrance des visas pour se procurer autant que possible des espèces sonnantes et trébuchantes pour leurs propres intérêts et ceux de leurs parrains politiques. Le reste leur importe très peu. Pour preuve, lorsque l'Etat congolais met fin à leur mandat, ils refusent de rentrer au pays. Certains ont même le culot de se constituer en exilés politiques.
Il faut affirmer que la plupart de ces politiciens-ambassadeurs, ce n'est pas de leur faute, ne pigent rien du rôle d'un chef d'une mission diplomatique. Ils ne comprennent pas qu'ils ont entre autres responsabilités la protection de leurs compatriotes qui vivent dans les pays où ils sont accrédités. Si madame l'ambassadrice de la Rdc au Nigéria avait conscience de ses responsabilités, elle aurait pris des dispositions qui s'imposent pour éviter à ses compatriotes le calvaire qui leur a été réservé par les délinquants de Abba, surtout que ces supporters ne sont pas à leur premier forfait.
Après cette faute du chef de notre diplomatie au Nigéria, le gouvernement a-t-il tiré une leçon ? C'est bien de protester comme l'a fait notre ministre des Sports et Loisirs en convoquant dans son cabinet l'ambassadeur du Nigéria en Rdc. Mais pour quel dividende au regard des graves blessures infligées aux joueurs dont certains risquent dêtre éloignés pendant longtemps des stades ? Et si certains parmi les membres de la délégation avaient perdu la vie, quel type de réparation le Nigéria aurait-il payé car la vie d'un homme n'a pas de prix ?
Un célèbre adage dit qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Pour ne pas être pris à tout moment de court, il importe que l'état congolais lève une fois pour toute l'option sur le devenir de sa diplomatie. Veut-il continuer avec une diplomatie amorphe et de pacotille comme celle d'aujourd'hui où le personnel est issu des arcanes politiques ou nous faut-il une diplomatie de développement avec des diplomates de carrière expérimentés et compétents ? Demain sera fait des actes que nous posons aujourd'hui. A nous de choisir.
Rombaut Ot.



