Mardi 18 mai 2010
Onatra : Plusieurs réseaux maffieux démantelés
Dans le collimateur des enquêteurs, il y a des directeurs, sous-directeurs, inspecteurs,…
Certains cadres de l'ONATRA, notamment des directeurs de département, directeurs, sous-directeurs, inspecteurs, chefs de services ainsi que des agents, doivent s'expliquer devant la police de cette entreprise.
De bonnes sources proches de cette police, il nous revient que ces cadres et agents aujourd'hui poursuivis par des enquêteurs font partie des réseaux maffieux démantelés dans cette entreprise publique en cours de transformation en société commerciale. Ces réseaux ont à leur actif plusieurs opérations louches qui ont privé cette entreprise des ressources financières importantes. Et ce malgré le contexte de réforme qui cherche actuellement à fixer le capital social, à établir le patrimoine et à faire un inventaire des actifs et du passif, avant la mutation en SARL.
Selon nos sources, le Chantier naval de l'ONATRA est une véritable caverne d'Ali Baba avec plusieurs réseaux. Un directeur de département et des collaborateurs viennent d'y être remerciés suite à des détournements. En une année, environ 35 millions de Francs Congolais ont été détournés par un premier réseau dénommé " système ". Ce réseau a comme mode opératoire le double paiement des fournisseurs, par chèque et par bon à payer. Le bon à payer est un titre donnant lieu à une sortie des fonds. Il est demandé au fournisseur d'acquitter le bon à payer comme s'il a touché, mais on reprend le bon à payer et on lui remet un chèque. Le réseau touche le bon et se partage le montant touché. Le fournisseur, à qui on a extorqué la signature malicieusement, se contente de son chèque.
Toujours au Chantier naval, le câble du transbordeur a été sectionné et jeté dans l'eau. Un deuxième réseau impliqué a poussé la direction générale à acheter les 180 mètres volés à un prix trois fois supérieur. Par ailleurs, il y a eu un détournement des fonds ( 85 000 us) destinés à la fabrication des canaux rapides et bacs commandés par la MONUC. Une partie des fonds a été détournée par un troisième réseau avec en tête un responsable du Chantier naval bénéficiant de la complicité d'un agent du service financier.
Au ports et transports fluviaux ( PTF), il a été découvert l'émission de 350 vrais faux bons à payer pour une valeur de 60 millions de FC. A ce niveau, il y a un réseau dont le mode opératoire est le scannage des bons à payer où le numéro est effacé. Ainsi, un seul bon à payer peut être émis en 20 ou 30 exemplaires avec à la clé des paiements qui sont détournés. Un autre réseau découvert au PTF est un réseau de sous facturation des envois importés transitant par la RDC pour aller à Brazzaville. L'ONATRA a une classification pour la facturation de la marchandise. Si on la change, on va du simple au double dans la réduction des frais dus à l'ONATRA. Ainsi, ce réseau récupère le surplus et s'entend avec le client concerné. La police de l'ONATRA l'a découvert lors d'un contrôle au niveau de la caisse. Et ce malgré l'interdiction de certaines autorités de l'entreprise qui ont écrit à la police de ne pas contrôler les caisses.
Au niveau de la gare fluvial au PTF , la police a découvert que nombre de marchandises sont acheminées à Brazzaville sans donner lieu à un paiement pour l'entreprise et ce avec la complicité des clients. Cela arrive souvent en périodes de grève. Deux responsables du réseau sont actuellement entendus sur procès verbal. Les preuves des faits existent. Toujours au PTF, lors du départ du bateau Kotakoli toute une barge a été chargée sans que l'Onatra ne soit payé, alors que le client a payé. Un responsable su service commercial a pris l'argent payé, un gros montant. Là aussi les responsabilités sont établies.
En ce qui concerne les services généraux, un réseau y opère. Ici, la régie des travaux de l'ONATRA est souvent sollicitée pour établir des devis pour des travaux de réfection du patrimoine immobilier. Dès que les fonds sortent, les maisons ne sont pas réfectionnées. L'argent est remis à un partenaire extérieur, au lieu de la régie des travaux. Parfois, il y a réfection mais avec un dépassement du coût dans l'exécution et une demande d'autres fonds à l'ONATRA au-delà du devis. Un contrôle après une dénonciation de la régie a permis d'établir les faits pour plus de 100 maisons. Il existe des dossiers en justice sur certains cas. Il est possible que ces réseaux ne représentent qu'une partie de l'iceberg. Il faut pousser les investigations encore plus loin.
Dans tous ces cas, Il y a eu des aveux et des dénonciations, ainsi que des poursuites administratives au niveau de la police ONATRA. Il est annoncé dans les jours à venir des poursuites judiciaires à l'endroit des cadres et agents reconnus coupables de malversations. Oreille et l'œil de la direction générale, la police ONATRA mérite d'être encouragée. En ce moment de l'Opération tolérance zéro, l'Etat doit ouvrir l'œil pour tirer ces affaires au clair, et surtout d'appuyer et encourager les enquêteurs qui luttent contre une maffia insidieuse et aux abois. La haute direction de l'ONATRA doit faciliter les enquêtes et mettre hors d'état de nuire les brebis galeuses qui sapent les efforts de stabilisation des activités et le processus de réforme.
Didier Munsala



