Mardi 18 mai 2010
Le pasteur Bifuko parle des enjeux du Sud-Kivu et des Bahavu
Depuis la démission acceptée du gouverneur du Sud-Kivu Louis Léonce Muderwa Chirimwami, le microcosme politique de cette province est en ébullition. Chaque communauté de cette province de l'est cherchant à faire entendre sa voix.
La dernière prise de position en date est celle du pasteur Bossuet Bifuko Kana-Ke-Mpono-Ke. Il a tenu vendredi 14 mai dernier un important point de presse à la cathédrale du Centenaire protestant. Au cours de celui-ci, il a réfléchi autour du thème : " Enjeux du Sud-Kivu et marginalisation des Bahavu dans la gestion du pays ". Dans son exposé, le pasteur Bossuet Bifuko a laissé entendre que son intervention se justifiait par le fait qu'il était une question politique hautement sensible et qui explique le mémorandum du 15 avril 2010, déposé auprès du chef de l'Etat dans lequel les Bahavu ne réclame rien d'autre " qu'un traitement égal des communautés, tribus et ethnies en matière de nominations et de gestion participative de la res publica ".
Les enjeux du Sud-Kivu sont focalisés essentiellement sur la désignation ou l'élection du nouveau gouverneur de province, or selon certaines indiscrétions, ce dernier serait déjà désigné et proviendrait de mêmes communautés qui ont toujours dirigé la province. Ensuite, vu le nombre de ceux-ci (gouverneurs défenestrés), cette situation a crée une certaine instabilité qui ne permet pas à la province de matérialiser les promesses électorales du chef de l'Etat. Et à une année de la fin de la législature, ceci constitue un réel problème, a dit le pasteur Bifuko.
Voilà pourquoi le pasteur Bifuko a invité le chef de l'Etat à corriger ces dérives " pour qu'il n'y ait pas dans une même province des richissimes, des leaders maximo (…) et de l'autre des pauvres, des minables, des leaders de pacotille… Cependant, a fait remarquer le pasteur Bifuko, indépendamment de ces injustices dont les Bahavu sont continuellement victimes, ceux-ci s'inscrivent dans la vision du Président de la République de s'assumer pleinement pour se préoccuper d'une province aussi problématique, stratégique, faisant l'objet de convoitise et en proie à des guerres et insécurité récurrentes.
Les Bahavu réclament pour ce faire, la désignation d'un candidat gouverneur jouissant de la confiance du chef, fidèle, loyal, de haute valeur morale et intellectuelle, humble, intègre, crédible. Pour lui, tout le monde ne peut être gouverneur d'où la nécessité de la mise en application du principe universel d'alternance. Ce qui permettrait à d'autres communautés d'apporter leur écot à la gestion du pays. Or, le système au Sud-Kivu semble verrouillé au profit d'une communauté, marginalisant les Bahavu. Les memoranda du 25/11/2008 et du 15 avril 2010, adressés au chef de l'Etat restent sans suite alors que les populations attendent.
Pour clore son propos, le pasteur Bifuko a fait des propositions pour améliorer la gouvernance au Sud-Kivu et surtout la coexistence pacifique entre les communautés. Il a entre autre proposé de réinstaurer, comme par le passé, le système de consultations et de dialogues franc du chef avec le peuple et les représentants de toutes les forces vives du Sud-Kivu dont les parlementaires, (nationaux et provinciaux), les notabilités issues de toutes les communautés, les autorités coutumières, les confessions religieuses…
Dans le jeu de questions-réponses, beaucoup d'aspects ont été abordés dont le pourquoi de la marginalisation des Bahavu. Pour le pasteur Bossuet, c'est entre autre parce que les Bahavu n'ont jamais voulu des seigneurs de guerre, c'est-à-dire qu'ils n'ont jamais prôné la prise des armes pour faire entendre leur voix. Est-ce une raison suffisante pour croire qu'au Sud-Kivu ou encore au Kivu sauf ceux qui prennent les armes sont prix au sérieux ? La question à qui de droit.
Philippe Mbayi Wete



