Principal déclencheur ayant conduit à l'atteinte du Point d'achèvement
Mercredi 14 juillet 2010
L'excédent budgétaire de 184 milliards FC de janvier à juin 2010
" Oui, mais pas question de payer la dette intérieure à des "fantômes", affirme Matata !
La République démocratique du Congo a enregistré un excédent budgétaire de 184 milliards de francs congolais pour l'ensemble des six premiers mois de 2010, consécutivement à des recettes chiffrées à 1.143,7 milliards de francs congolais et des dépenses de 959,4 milliards à la même période. C'est ce tableau macro-économique, relativement reluisant, qui a été le dernier déclencheur déterminant pour l'atteinte du Point d'achèvement de l'Initiative des Pays pauvres très endettés (I-PPTE). Prévu en décembre 2010, les bailleurs de fonds, notamment le FMI et la BM, l'ont approuvé fin juin 2010.
Avec l'atteinte de ce Point d'achèvement, la RDC amorce une nouvelle ère, un nouveau départ vers la reconstruction et la modernisation de son économie. Car, elle vient bénéficier, de la part de ses créanciers extérieurs, d'un allègement de 10,8 milliards de dollars américains sur une dette nominale de 13,7 milliards arrêtée à fin décembre 2009. Le stock de la dette extérieure représentait 125 % de son PIB, à fin décembre 2009. A la fin de cette année 2010, ce stock de la dette publique extérieure pourra passer à 3 milliards de dollars, représentant 24% du PIB.
Toutes ces révélations sont du ministre des Finances, Matata Ponyo Mapon, hier mardi 13 juillet 2010, au cours d'un point d'information tenu en son cabinet de travail.
L'on sait tout d'abord que l'Initiative en faveur des Pays pauvres très Endettés (PPTE) a été lancée en 1996 par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) afin de ramener le poids de la dette extérieure des pays considérés à un niveau supportable. Cette initiative a été renforcée en 1999 et complétée en 2005 par un autre mécanisme dénommé Initiative d'Allègement de la Dette Multilatérale (IADM), qui consiste en un effacement intégral de la dette due à la BM, au FMI et à la Banque Africaine de Développement (BAD).
Techniquement, l'Initiative PPTE s'accomplit en deux étapes à commencer par le Point de décision, stade où le pays bénéficie des allégements intérimaires de sa dette, puis vient le Point d'achèvement qui permet au pays de recevoir la réduction substantielle et irrévocable de sa dette.
" La RDC a atteint le Point de décision en juillet 2003 après avoir élaboré un document intérimaire de la stratégie pour la réduction de la pauvreté et exécuté de manière satisfaisante, pendant six mois, un programme économique triennal, mieux connu sous l'acronyme de PEG. Ce programme était appuyé par la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) de la part du FMI d'un montant de 580 millions de DTS. Avant que cet Accord n'expire en mars 2006, notre pays en a bénéficié jusqu'à 553,47 millions de DTS. Le sixième et dernier tirage n'a pu être effectué pour cause de relâchement de nos politiques macroéconomiques dans un contexte marqué par l'approche des élections", a précisé le ministre des Finances.
Fragilisation de l'équilibre macro-économique
L'on se souvient que la mise en place, en 2003, des institutions issues du consensus politique, conjuguée aux divers défis d'organisation des élections, ont exercé une forte pression sur les finances publiques. Ce qui a contribué à faire éclater le fragile équilibre macroéconomique réalisé dès 2001, a reconnu le ministre des Finances.
Il s'en était alors suivi la déstructuration du cadre macroéconomique, notamment la reprise de l'inflation, la dépréciation du franc congolais, la réduction drastique du niveau des réserves internationales. Ainsi, en 2006 par exemple, les réserves en devises de la Banque Centrale du Congo se situaient à 162,20 millions de dollars américains, couvrant à peine 1,2 semaine d'importation. C'est dans ce contexte qu'en 2006, lors de la dernière revue censée conduire au Point d'achèvement, les contreperformances du gouvernement ont contribué à faire arrêter le Programme avec le FMI. Il a fallu attendre 2007, après la mise en place des institutions au lendemain des élections générales pour relancer le Programme avec le FMI.
Conclu formellement en décembre 2009, ce Programme devrait permettre, six mois après, à la RDC d'atteindre le Point d'achèvement. Bien entendu, sur base des performances attestées par rapport aux déclencheurs, critères quantitatifs et mesures structurelles convenus. Sur fond de multiples sollicitations des finances publiques, la stabilisation du cadre macroéconomique n'a pas été facile après la mise en place du gouvernement en mars 2003. Les fondamentaux ont donc connu une évolution erratique, aggravée par les effets pervers de la crise économique mondiale qui a commencé à sévir en 2008.
Pour Matata Ponyo Mapon, aussitôt la stabilité macroéconomique retrouvée et le contrat chinois amendé pour qu'il reflète clairement des conditions financières concessionnelles, le gouvernement, sous l'impulsion du Chef de l'Etat, Joseph Kabila, a conclu, en décembre 2009, un nouveau programme triennal qui devait permettre d'accéder au Point d'achèvement. Dans ce contexte, le gouvernement a déployé " les efforts nécessaires " pour rencontrer tous les sept déclencheurs convenus avec les services de la BM, et il a réalisé bon nombre de réformes structurelles impliquant plusieurs ministères en dehors de ceux des Finances et du Budget ainsi que de la Banque centrale.
Le ministre des Finances se lance dans une argumentation savante : "les résultats atteints aujourd'hui sont l'aboutissement des efforts entrepris depuis 2001 par les gouvernements précédents et poursuivis par des équipes ministérielles successives tant au niveau des Finances et du Budget que des autres ministères sectoriels associés au Programme. Les mérites de ce succès doivent donc être partagés. Grâce à l'accélération des réformes structurelles, à la consolidation du cadre macroéconomique et à l'amélioration de la gestion des finances publiques, le Point d'achèvement, qui était initialement attendu au second semestre de 2010, a été ramené à la fin du mois de juin dernier ".
Pour illustrer ses propos, l'Argentier national a soutenu que le taux d'inflation qui était de 31% en termes annualisés à fin février 2010, a été rapidement ramené à 12% à fin mai et à 9% à fin juin 2010 contre un objectif annuel projeté par le FMI à 15 % dans le cadre du Programme en cours d'exécution.
Si l'on considère les taux d'inflation des quatre derniers mois pendant lesquels son cabinet a exercé un contrôle effectif et rigoureux des finances publiques (soit de mars à juin 2010), le taux d'inflation annualisé se projette à 0,28%. Mais en tenant compte des réalisations des deux premiers mois, le taux d'inflation annualisé se projette à moins de 10%. Ce qui, hormis en 2003 et 2004, constituerait une performance plutôt exceptionnelle au cours des vingt dernières années.
S'agissant du taux de change, alors qu'il était de 921 francs congolais pour 1 dollar américain en février de cette année, il est descendu à 903 francs congolais pour 1 dollar américain à fin juin dernier rejoignant ainsi son niveau de décembre 2009.
Pour le ministre des Finances, personne ne pouvait s'attendre, au regard de la conjoncture observée au cours de deux premiers mois de l'année 2010 (4,24 % d'inflation), à de telles performances en un temps record. "Ces performances sont d'autant plus remarquables qu'elles se sont réalisées dans une période critique d'intensification des travaux du Cinquantenaire dont le financement monétaire, selon les prévisions de certains spécialistes de la question, devait propulser le taux de change à plus de 1200 francs congolais le dollar américain avant juin 2010. En dépit de ces prévisions pessimistes, nous avons réussi le pari de répondre au mot d'ordre du Chef de l'Etat: "pas question de rater le Point d'achèvement, pas question de bâcler les festivités du Cinquantenaire", dira-t-il.
C'est donc la rigueur qui a permis aux Institutions de Bretton Woods, à la demande du gouvernement, de revisiter à juste titre d'ailleurs, leur chronogramme, en intensifiant à leur tour les travaux nécessaires au niveau de leurs staffs respectifs; le rôle joué à cet effet par les responsables des équipes pays en charge de la RDC tout comme par les administrateurs tant au Fonds qu'à la Banque mondiale a été déterminant.
Signalons que la baisse des prix des biens et services observée sur le marché de Kinshasa durant tout le mois de juin, s'est poursuivie au cours de la première semaine de juillet 2010, reconnaîtra Matata Ponyo pour qui, si la tendance actuelle se maintient, le taux d'inflation de l'ensemble de l'année 2010 s'affichera en dessous de 2 chiffres. Ce qui serait un véritable record par rapport aux réalisations des cinq dernières années.
Cette situation s'explique fondamentalement par la gestion rigoureuse et transparente des finances publiques qui dégagent un excédent budgétaire de 184 milliards de francs congolais pour l'ensemble des six premiers mois de 2010, consécutivement à des recettes chiffrées à 1.143,7 milliards de francs congolais et des dépenses de 959,4 milliards à la même période.
En ce qui concerne les réformes structurelles, plusieurs avancées ont été enregistrées dans les domaines du climat des affaires, de la décentralisation, de la gestion de la dette et des finances publiques. Attestées par les services conjoints du FMI et de la BM, au terme de la dernière mission de juin, ces performances, ont permis de soumettre le dossier de la RDC au Conseil d'Administration en vue des prochaines réunions sur le Point d'Achèvement. C'est bien ce tableau macroéconomique relativement reluisant qui a été le dernier déclencheur déterminant pour l'atteinte du Point d'achèvement.
Les fournisseurs fantômes tenus à l'œil
Le chemin escarpé de l'atteinte du Point d'achèvement en République Démocratique du Congo continue de défrayer la chronique, et de susciter des questionnements dans certains milieux. Députés, fournisseurs, fonctionnaires de l'Etat, couches moyennes et autres sont sur le qui-vive. Mais le ministre des Finances a apaisé les esprits.
Pour Matata Ponyo, le Gouvernement va privilégier, sur la base des priorités bien définies de développement, les dons et prêts hautement concessionnels. Il veillera aussi à affecter les ressources remboursables à des projets d'investissement rentables. Les reformes entreprises pour améliorer l'environnement des affaires, promouvoir l'investissement privé et stimuler la compétitivité de notre économie seront poursuivies.
" Mais il n'est pas question de procéder au payement de la dette intérieure aux fantômes qui ont fricoté des documents. On en sait un peu plus sur ce dossier. Nous restons vigilants et prudents. On paie la dette intérieure qu'à ceux qui travaillent en bonne et due forme. C'est pourquoi, le secteur privé est un partenaire sûr et privilégié pour le gouvernement. Pas des fournisseurs fantômes", a prévenu le ministre des Finances.
Willy Kilapi



