Mercredi 13 juin 2012
" La Monusco qui concentre la plus grosse partie de son personnel militaire dans l'Est de la RDC fait son maximum [pour assurer la protection des civils] " Le secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de maintien de paix répondait ainsi le 11 juin à la ministre rwandaise des Affaires étrangères qui avait déclaré, quelques jours plus tôt, dans une interview à Jeune Afrique que malgré sa présence en RDC depuis de longues années, un budget d'un milliard de dollars américains et la présence de 20 000 casques bleus, la Monusco n'avait obtenu " aucun résultat ".
Dans sa réplique à la chef de la diplomatie rwandaise, le secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de maintien de paix a reconnu la détérioration de la situation sécuritaire dans la partie orientale de la RDC et les efforts des FARDC de neutraliser les nombreuses milices qui pullulent dans cette partie du pays. Mais que c'est grâce à l'intervention de la Monusco que bien des Congolais des Kivu sont encore en vie.
"Depuis le début de l'année, il y a eu une détérioration certaine de la situation sécuritaire dans les provinces de l'Est du Congo essentiellement le Kivu ", a-t-il reconnu. " Il y a eu une série d'opérations lancées contre des chefs de guerre dont beaucoup d'ailleurs sont poursuivis ou menacés de poursuite par la justice pénale internationale. Les forces congolaises se sont mises en mouvement pour mener à bien ce projet de neutralisation ou d'arrestations. Ça crée des vides dans lesquels se sont engouffrés plusieurs groupes armés ", a-t-il expliqué, indiquant que la " Monusco s'est rendue encore plus mobile au cours de cette période pour essayer de combler ces vides sécuritaires et venir en aide à des gens menacés de violence. Il y a eu des victimes mais la Monusco qui concentre la plus grosse partie de son personnel militaire dans cette partie du pays fait son maximum, fait un vrai travail. Un certain nombre de civils doivent aux casques bleus le fait d'être en vie. "
Le secrétaire général adjoint des Nations unies a en outre affirmé que le mandat actuel de la Monusco qui donne la priorité à la protection des civils va être discuté dans les jours qui viennent au Conseil de sécurité de l'Onu mais ne pense pas que " quiconque envisage de changement majeur au delà de quelques ajustements ".
Dans l'entretien publié le 3 juin dans Jeune Afrique, Louise Mushikiwabo réagissait à un rapport confidentiel de l'Onu accusant son pays de soutenir les mutins du Mouvement du 23 mars (M23). (Lire cet entretien ci-dessous).
" Le Rwanda n'a ni formé ni envoyé de combattants de l'autre côté de la frontière. Cette fuite montre la désinvolture dont fait preuve la Monusco ", avait-elle répondu à la question de savoir si les informations contenues dans ce rapport étaient exactes.
Pourtant au cours d'une conférence de presse tenue à Goma, samedi 9 juin, le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a dénoncé la passivité du Rwanda dans l'insécurité créée par les affrontements entre les FARDC et les mutins du M23 dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu.
Le porte-parole du gouvernement congolais avait notamment déclaré que des faits "accablants", font état de recrutement, préparation et déploiement à partir du Rwanda des éléments rwandais estimés entre 200 à 300 hommes qui combattent dans les rangs du M23.
Depuis la présumée dénonciation dans un rapport confidentiel de l'Onu, relayé par la BBC du soutien du Rwanda au Mouvement du 23 mars, M23, de nombreuses voix se sont levées et plusieurs langues se sont déliées pour dénoncer le soutien de Kigali aux mutins du M23.
Depuis l'arrivée en RDC de l'AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo), appuyée par les Rwandais, la partie orientale de la République démocratique du Congo est victime d'une instabilité devenue chronique due notamment à un activisme effréné de nombreux groupes armés qui y pullulent. Le Rwanda est souvent accusé de soutenir nombre de chefs de guerre dont les milices ne cessent d'endeuiller les Kivu.
En dépit de tout ce que Kinshasa et Kigali font -individuellement ou conjointement - pour éradiquer ce phénomène récurrent des groupes armés (rebelles et miliciens), la situation sécuritaire au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et dans la Province Orientale semble ne pas évoluer positivement. Quant aux relations entre les deux voisins, elles sont restées en dents de scie, quoique l'opinion déclare qu'elles sont au beau fixe.
Kléber Kungu